dimanche 30 novembre 2008

120-am : Les réseaux d'évasion

par André Maillard ARA du Réseau Clarence

Le 13 octobre 2007, nous quittait André de Jongh à l’âge de 91 ans. C’est une femme hors du commun. Cette bruxelloise débute son engagement au service du pays à l’hôpital St Jean à Bruges comme ambulancière. La capitulation du 28 mai 40 y dépose de très nombreux blessés.

Ce petit bout de femme aux yeux clairs et au tempérament décidé comprend vite qu’un pilote d’avion blessé tombé en territoire ennemi, et une fois guéri, est envoyé dans les camps de prisonniers : c’est de la compétence perdue. Avec quelques amis, elle va ramener ces pilotes chez eux via la France et l’Espagne. Le Réseau Comète est né.

Pourquoi « Comète » ? Son père l’appelait déjà petit cyclone tant son caractère indépendant, volontaire, obstiné ne l’arrêtait jamais. Son activité s’étendra à tout résistant devant rejoindre l’Angleterre. Un officier anglais signale qu’un pilote abattu a été rapatrié à la vitesse d’une comète : nous sommes en 1942.

Le 15 janvier 1943, « Dédée » comme l’appelait ses camarades, avait à son actif trente-sept traversées des Pyrénées et convoyé cent-dix-huit hommes jusqu’à San Sebastian, dont quatre-vingts aviateurs quand elle est arrêtée par la gestapo. Après 7 mois d’interrogatoire et de privations, durant lesquels elle continuera de défendre son Réseau, elle est envoyée en Allemagne où elle séjournera dans plusieurs camps dont Ravensbruck et Mauthausen. Elle ne sera libérée que le 22 avril 1945.

Le Réseau Comète a évacué plus de huit cents hommes. Parmi les centaines de volontaires qui composaient le Réseau Comète et qui ont été emprisonnés, vingt-trois ont été fusillés et cent-trois sont morts de faim et de sévices.

De retour au pays, reposée et guérie, Andrée de Jongh réalise son rêve en 1953 : devenir infirmière et part pour secourir les lépreux au Congo Belge (Zaïre) pour terminer son parcours africain en 1978. Les plus hautes récompenses, de nombreuses décorations et un titre honorifique (vicomtesse) ne lui feront jamais perdre son tempérament volontaire et engagé au service des autres. Le Réseau Comète assure le Devoir de Mémoire via son site www.cometeline.org.

Mais n’oublions pas que d’autres Réseaux s’étaient spécialisés dans les évasions comme le Réseau ZERO, un des premiers à organiser le transfert vers l’Angleterre de Résistants en activité et « brûlés ».

Enfin, c’est aussi le Réseau créé par l’incroyable belge originaire de Spa, le lieutenant médecin Albert Grévisse qui prendra comme nom de guerre Pat O’Leary (ou Patrick Albert O’Leary, le soit-disant officier de la Royal Canadian Air Force). En octobre 1941 déjà, son réseau assistait les aviateurs récupérés en Allemagne, et les officiers évadés des Oflags. Il deviendra en 1942, le point d’aboutissement des lignes de récupération des aviateurs en Belgique et dans le Nord, et surtout du principal réseau : Comète.

Pat réussira à évacuer via les côtes françaises plus d’une centaine d’hommes par le bateau Tarana les 13 septembre et 12 octobre 1942. Mais Pat est arrêté et déporté. Le Réseau Pat O’Leary réussira à évacuer plus de six cents soldats, tandis qu’à Dachau, Pat retrouve Arthur Haulot. Ils seront libérés par Paul Levy qui accompagnait la 42e division d’infanterie américaine comme reporter, le 27 avril 1944. www.rusra-kuiad.blogspot.com (cliquer sur afficher mon profil complet).-