lundi 12 octobre 2009

133-af : Réseau ZIG : un agent hors du commun

par Adrien Fache, Capitaine A.R.A.

Roger Morsa (1) géomètre-expert, lieutenant de réserve, reprend ses fonc­tions professionnelles dès sa démobilisation en juin 1940, aidé par Georges Vandenberghe, dans les bureaux du Cadastre situés dans le même bâtiment que les Contributions à la place Saint-Martin à Bruges.

Morsa est un homme intelligent et perspicace ; il faut ces qualités talen­tueuses pour jouer le rôle d'un « simplet» qu'il va interpréter d'em­blée vis à vis de l'occupant. Ainsi il est toujours craintif et défiant. Son chef administratif dit un jour de lui qu'il est l'employé le plus inepte jamais rencontré dans ses services !

Un beau matin, un membre de l'organisation Todt, portant un bras­sard orné de la croix gammée, se présente au bureau du cadastre afin d'obtenir des reproductions d'un plan tracé sur papier calque. Le chef de bureau lui désigne Morsa le préposé à cette « machine à plans ». Ce « Todt » déroule un plan de Dunkerque sur lequel sont détaillées les différentes fortifications allemandes existantes ou à bâtir. Morsa, indifférent, exécute ce tirage de plans. Ce travail terminé, il est à peu près midi. Le « Todt » lui fait part de son intention d'aller déjeuner et le prie de cacher entre temps son calque et ses reproductions. Ayant placé ce rouleau dans son armoire personnelle, Morsa, tout en cas­sant la croûte, a des pensées vagabondes qui le mènent à tirer un exem­plaire de ce plan pour lui-même.

Sa journée terminée, il apporte son butin à la maison, le cache... et s'interroge sur le bon parti qu'il pourrait en tirer !

C'est fin janvier 1941 qu'il rencontre le commandant de Penaranda de Franchimont et le lieutenant Van der Haegen. A l'arrestation de ce dernier en août 1942, Penaranda se débranche du Service Luc et continue à servir le Renseignement pour son cousin Brise, qu'il ren­contre chez Braid ; il amène avec lui ses propres agents : Vandenbussche, Vandenberghe et Morsa.

Le domicile de Morsa est sis à Saint-André-lez-Bruges, là habite aussi son compère du même âge Albert Vandenbussche qui effectue sur place les vérifications de certaines données communiquées.

Morsa est motivé au plus haut degré et se veut très discret. À son entou­rage il laisse croire un attachement plutôt collaborationniste. Certains de ceux qu'il côtoie ne le regardent pas d'un bon oeil : le journal « Volk en Staat » dépasse ostensiblement de sa poche.

En mars 1942, l'Organisation Todt, chargée de la construction des for­tifications allemandes le long de la côte, s'installe dans les bâtiments de l'abbaye de Zevenkerke. De l'autre côté, dans un bâtiment de la rue Noordzand, la Stab 5 de la Festungs Nachschub prend place en vue de dessiner les plus grands secrets des projets de sécurité pour l'Oberkommando de l'Armée. Celui-ci, ainsi que d'autres services, comme la Luftwaffe, se mettent à dessiner divers plans et organi­grammes qui doivent être reproduits en plusieurs exemplaires.

Initialement il est fait appel à une sorte de coopérative d'entrepreneurs brugeois : le Bouwbedrijft qui possède une machine à tirer des plans (bâtiments actuels de la clinique Saint-François Xavier). Puis jugeant qu'une entreprise privée n'offre pas toutes les garanties de sécurité, la décision finale est de s'adresser à une institution de l'état.
Ceci explique pourquoi la Stab 5 de la Festungs Nachschub eut un jour la bonne idée de s'introduire au bureau du Cadastre où la machine à tirer des plans doit être mise à leur disposition sans la participation ni l'assistance du personnel communal.

Morsa ne doit pas faire appel à beaucoup d'imagination pour que désor­mais sa machine à plans tombe, par hasard, irrégulièrement en panne ! La première fois que les Allemands demandent son assistance, il répond par un refus catégorique. Indignés, ils lui donnent l'ordre d'obéir et d'exé­cuter ce dépannage. Dans ces conditions, il obtempère. Désormais, lui et son ami Vandenberghe sont chargés de la reproduction des documents allemands. Morsa les épate même en apportant certaines améliorationsau fonctionnement de la machine. Mûrissant une idée, il reçoit le grand sac qu'il a demandé pour recueillir proprement les rognures de papier. Aux yeux des Allemands, il est encore plus simplet qu'il n'en a l'air ! Peu importe, ils ont trouvé la solution à leur problème avec on ne peut plus de bonheur !

Les plans de l'Oberbauleitung fur Belgien der Organisation Todt sont transportés régulièrement sous haute surveillance depuis Zevenkerke jusqu'à Bruges par le Fahndungsdienst. Les plans de la Stab 5 Fastungs Nachshub sont transportés, le samedi matin au Cadastre sous la sur­veillance de six soldats ; une fois reproduits ils y retournent avec cette même mesure de sécurité.

Le 21 juillet 1943, cinq membres du Festung Nachshub Stab 5 sont arrêtés sous l'inculpation de haute trahison et avec eux Morsa. Interrogé pendant dix heures par la Geheime Feldpolizei de Bruges - interro­gatoire poursuivi le lendemain - il est convoqué à comparaître au Conseil de Guerre. Ici, rusé, avec une grande présence d'esprit, il démontre son impossibilité à surveiller tous ces « Todt » gravitant autour de lui ; il rappelle son refus de travailler dans de pareilles conditions. S'il a obtempéré c'est qu'il en avait reçu l'ordre et qu'on ne le repren­drait plus.

La GFP, qui n'a déjà pas un amour particulier pour cette cohorte de tireurs au flanc, reconnaît à l'unanimité que ce simplet est étranger à une affaire aussi importante. Morsa revient à la maison et les autres seront envoyés dans une compagnie spéciale sur le front russe.

Morsa reprend son petit train-train de vie ; à présent, des « Gefreiter » se relayent régulièrement sur ses talons. Petit à petit, la vie au bureau se passe même en bons termes avec ces « Gefreiter » de garde. Son ami Vandenberghe et lui parviennent à gagner leur confiance et à distrai­re leur attention, surtout quand ils ont connu la veille des aventures avec des « cholies mademoizeles » et que, encore inassouvis, ils se com­plaisent à se passer des photos très « speziales » ; pendant que son com­père en rajoute un peu, Morsa a le cœur à l'ouvrage et avec entrain les supplée à la machine à plans.

Depuis l'odyssée des Todt au Conseil de Guerre, un mode de contrô­le a été instauré au grand dam de Morsa. Il lui faut maintenant fixer le métrage de chaque plan avant de le recevoir de l'Allemand. Quand il estime que le jeu en vaut la chandelle, une « erreur » se glisse dans ses mesurages. Cette erreur fera qu'un exemplaire supplémentaire tom­bera dans le grand sac à rognures au nez et à la barbe du Gefreiter de garde ! Pas idiot la demande préméditée de ce sac ! Il reste alors sur place jusqu'au départ des Allemands, suivi peu après de la fermeture des bureaux du Cadastre.
Un de ces Gefreiter tient un jour des propos anti-nazis. Il devient une proie appâtée avec de beaux dollars. L'appétit de Morsa est de plus en plus favorisé. Lui tient son rôle à merveille mais le Gefreiter est incons­cient dans ses vantardises voire sottises. La taupière se referme pro­voquant de nouveaux ennuis.

Sur la sellette, Morsa ne se départit pas de ce rôle qu'il interprète mer­veilleusement, et d'autant mieux depuis que les Allemands ont la convic­tion que ce Belge n'a pas la capacité d'avoir trempé dans une affaire d'une telle importance. A différentes reprises ils lui demandent d'écri­re le nom du « Gefreiter », chaque fois il se borne à écrire : « Gefreiter »... Au cours de cette instruction, ils le confrontent à des Allemands en état d'arrestation : « Quel est celui qu'il croit être le coupable ? » La continuation de son travail pour la patrie le place devant un problè­me de conscience..., il désigne un certain E}K. Confronté avec lui, il apprend que celui-ci a été arrêté en possession de dollars et est consé-quemment passible de la peine de mort, aussi tente-t-il du mieux qu'il peut de faire admettre qu'il est innocent. Sachant que cet Allemand sera exécuté pour ses dollars, Morsa a meilleure conscience. Qu'il soit condamné à mort une deuxième fois !

L'instruction terminée, Morsa ressort lavé de tout soupçon. Pourtant, marqué et choqué par la condamnation d'un être humain, il refuse de se servir encore de la machine à plans. Il se fait remplacer par des collègues. Son chef de Réseau Braid le réconforte et lui remonte le moral. Pliant sous ces insistances, Morsa craint aussi que son absence au tra­vail n'attire davantage l'attention de l'ennemi. Après plusieurs semaines, il reprend le chemin du bureau du Cadastre...

Quelle avait été l'origine de cette découverte par les Allemands ?

Inventoriant un paquet de courriers porté par un agent abattu dans le midi de la France, les Allemands découvrent des plans en prove­nance du Fahnungdienst de Bruges. Tout est mis en action pour faire la lumière sur cette faille dans leurs services. L'enquête dévoile qu'un des Gefreiters envoie à sa famille en Allemagne des colis en surnombre pour lesquels sa solde ne suffirait pas. Le Colonel commandant le Service est dégradé, ses officiers envoyés au front russe. Un technicien, cité plus haut, est condamné à mort.

Un doute subsiste : certains plans devraient avoir été vendus en pro­venance directe du Fahnungdienst. Les plans du service ZIG sont pho­tographiés, petit format, avec des centaines de renseignements en

provenance de toute la Belgique. En cours de cheminement vers le sud, d'autres courriers venaient s'additionner. Il faut constater qu'à part Morsa et le bureau allemand lui-même, aucun agent de renseignement n'a été inquiété suite à cette découverte. Les messages personnels d'ac­cusé de réception photographiés sur le même film ont bien été émis aux journaux parlés de la BBC... Tous les courriers sont donc bien arri­vés à Londres.

Morsa signifie aux Allemands qu'il consent à reprendre son travail mais il déclare qu'il décline toute responsabilité parce qu'il n'a plus aucu­ne confiance en ces Gefreiters présents dans le bureau. Ce « simplet » est tout à fait innocent aux yeux de l'autorité allemande qui lui accor­de sa totale confiance et le charge de tirer les plans tout seul.
Plusieurs agents annoncent que le maréchal Rommel a fait une visi­te d'inspection en Belgique, ils garantissent leur vigilance sur les chan­gements qui devraient en découler. Il y aura du pain sur la planche pour Morsa qui est aux aguets.

Quand Braid vient chez Marc Léman pour puiser des dollars dans sa réserve et pour fixer rendez-vous chez lui avec Morsa, tout porte à croi­re qu'il y aura du gâteau ...

Sorti le samedi soir du bureau du Cadastre, Morsa est au rendez-vous le dimanche matin à Wingene... les plans révèlent des dispositifs tac­tiques relatifs à la défense KVAI, II et III, c'est-à-dire les emplacements des EM + les liaisons téléphoniques avec parcours exacts et tous les détails des réseaux + toutes les places fortes avec le détail des abris, champ et puissance de tir + les champs de mines vrais ou faux + le secret d'une signalisation optique spéciale utilisable sur ordre du grand E.M. en cas de débarquement + le minage des ponts, charge et empla­cement + l'identité de toutes les unités en place ou de passage. Le Mur de l'Atlantique de Gravelines à l'île de Walcheren. Incroyable !

Braid et Morsa s'appliquent avec beaucoup de minutie à transférer ces documents dans le cadre du vélo de Marc Léman, pendant que celui-ci doit apprendre un important texte d'accompagnement.

A quelques kilomètres de la route Bruges-Courtrai, sur la piste cyclable, un cycliste zigzagant arrive en sens inverse et accroche Léman. Tous deux sont étendus sur la chaussée : le zigzagant n'a rien, Marc Léman ne désire pas attirer l'attention ; le cadre de son vélo est indemne... mais en se mettant en selle, il constate qu'une pédale est cassée... Connaissant comme sa poche la route Bruges-Courtrai, il a en mémoi­re un estaminet en angle d'où l'on découvre très bien le passage à niveau qui oblige tout véhicule à ralentir. « Les plans de la Défense atlantique » sont déposés contre la façade ; le petit café est désert et on lui offre un bassin d'eau pour laver les égratignures et les traces poussiéreuses de sa chute. Patience...Par hasard, il sait qu'un camion de déménage­ment venant de Heyst pour Mouscron doit passer dans l'après-midi ; il est très improbable qu'il soit déjà passé.

Après deux heures d'attente, le camion apparaît à l'horizon. Cycliste et vélo y trouvent place. Tout est radieux jusqu'à la barrière d'Aalbeke près de Mouscron quand deux gendarmes allemands font signe de stop­per ; contrôle du contenu, des papiers et des pièces d'identité... Heureusement Léman peut leur montrer son « Freistellung vom Arbeitseinsatz im Reich ».

Dès son retour dans son bureau clandestin Marc Léman écrit le texte appris à Wingene et peut à présent s'attarder sur ces précieux plans étalés sur le tapis, on croirait à un scénario de cinéma... comment tout un jeu de plans allemands «top secret» va passer aux Alliés !

L'optique de l'appareil à microphotographier devra s'y prendre en plu­sieurs fois pour couvrir chaque plan. Commence alors le tracé d'un quadrillage adéquat qui facilitera ce travail dans la minuscule chambre noire où deux personnes peuvent à peine se tenir debout. Des signes conventionnels apparaissent tantôt trop clairs, tantôt trop foncés à cause de l'irrégularité dans le tirage. Dans la crainte d'un rendu trop faible au développement de la pellicule, étant donné la richesse de ces documents, certains tracés sont redessinés à l'encre de Chine. Impossible de travailler le jour sans attirer l'attention des gens de mai­son. Ce travail de bénédictin exigea deux nuits pour ne pas rater le départ du courrier de Correntin pour le Midi de la France. Son frère Michel, de passage, aidera personnellement le photographe pour le maniement de ces grands formats. Le bon résultat du développement permet d'envoyer les films sans appréhension. Avant d'enterrer les plans en attendant l'accusé de réception de Londres, Braid vient les passer au crible pour transmettre sans tarder l'essentiel par message radio codé.

Sans doute les Alliés croiront-ils que ces plans sont truqués et qu'il y a un piège ! Heureusement des rapports d'agents viennent très vite confirmer la mise en application sur le terrain de ces plans défensifs de Rommel, révélée dans un premier temps par les mouvements des troupes.

L'attention est portée sur une vérification de l'application de ces plans.

La source ne se tarit pas. Les Allemands ont bien raison de faire plus confiance en Morsa qu'en leurs hommes ! Plus tard il amènera le plan de retraite de la XVe armée allemande sur les bouches de l'Escaut et le Canal Albert de Gravelines à l'île de Walcheren, les positions de défen­se et les nids de résistance de Zeebrugge, Ostende, Bruges, Rotterdam, ainsi que des renseignements détaillés sur la structure du Corps de Pantzers Herman Gorring caserne à Isegem, etc... A partir d'avril 1944, suite à l'arrestation de Marc Léman, l'organisation des secteurs auto­nomes pour soustraire les transports périlleux est mise en application quelques semaines plus tôt que prévu. Les documents de Morsa sont alors photographiés par les soins du chef de section ZIG-D, le doc­teur Pierre Glorieux à Bruges.

La Libération est en vue mais le danger subsiste jusqu'au dernier jour. Un ancien collègue de Morsa, militaire de carrière, lui demande de cacher un revolver. Ayant femme et enfants, Morsa dit qu'il ne peut prendre un tel risque et que les affaires de guerre ne l'intéressent pas le moins du monde ! Furieux cet ancien collègue réplique qu'il peut s'attendre à de sérieux problèmes après l'Occupation !

A l'approche de la Libération, Morsa prend en charge un Lorrain incor­poré d'office de l'armée allemande : Jean Schultz ; celui-ci sera confié aux Canadiens. Il apprit qu'après avoir rejoint les Forces Françaises Libres, son protégé avait combattu contre l'armée allemande.

Par contre le Gefreiter EJK avec qui il a été confronté au Conseil de guerre a été passé par les armes dans le cimetière communal de Steenbrugge, le jour même où les Allemands quittèrent la région face à l'avance des Alliés.

Que sont devenus les plans Morsa ? Tous ces plans sont passés par Marc Léman jusqu'en avril 1944 et les documents ont été brûlés dès l'au­dition des messages de réception à la BBC. A la Libération, les regrets sont très grands... l'ordre en avait été donné. Hélas !

Dans les dernières semaines d'occupation, comme les courriers ne par­taient plus pour Londres, les renseignements urgents étaient transmis par radio ou par phonie. Ainsi des documents peu importants n'ont pas été brûlés et sont restés aux mains des chefs de secteurs ; les prin­cipaux ont été remis aux Alliés lors de leur progression libératrice.

Dans le plan étudié pour l'organisation autonome régionale du Réseau ZIG, un secteur spécial est réservé rien que pour Morsa à partir d'avril-mai 1944. Il en garde les rênes aidé par le docteur Pierre Glorieux qui s'entoure d'agents cyclistes dont ses deux filles. C'est chez lui que Morsa apporte les documents secrets. Son trajet n'est pas long. Le docteur a composé un dossier médical bien fourni à son nom : il souffre d'un ulcère à l'estomac et son état cardiaque est à surveiller. Un alibi irré­prochable de crédibilité.

Au registre officiel du Cadastre à Bruges, Bewaring Brugge Afdeling C2, existe la liste des prestations exécutées par Morsa ; celles qui sont soulignées en rouge ont été réalisées pour le compte de l'occupant « openbare besturen op partikulieren » du 20 juillet 1943 au 30 août 1944. Morsa estime que pour cette période il a remis au réseau ZIG environ 300 plans.

Depuis son premier larcin, le plan de Dunkerque, Morsa raconte abso­lument toutes ses activités journalières à son épouse. Ils partagent leurs appréhensions, les aléas, leurs anxiétés, tout comme leurs moments de satisfaction après un tour magistral joué à l'ennemi. Son épouse aux nerfs d'acier s'adonne totalement à ses devoirs de mère entourant ses petits de toute son affection et de mille distractions pour estom­per au mieux la longueur de l'attente ; une vie sur le qui-vive inces­sant.

Après la Libération, Morsa conserve sa grande discrétion, aucune van­tardise ! Ses glorieux exploits sont restés peu connus, trop peu connus. La maladie l'emporte en juillet 1950 à l'âge de 40 ans.
Braid, chef de ZIG, rassemble ses quelques chefs de Secteur à l'adres­se clandestine de Marc Léman (en captivité en Allemagne) pour rece­voir le capitaine Page du Spécial Intelligence Service, chez qui arrivaient les rapports hebdomadaires. Celui-ci tient à féliciter particulièrement Morsa pour ses exploits et révèle le grand intérêt des renseignements sur la défense du Mur de l'Atlantique si utiles à la cause des Armées Alliées. Des félicitations sont réservées pour la collaboration de Marc Léman.

Le roi Georges VI le reçoit à Londres pour le faire « Honory member of thé most excellent Order of thé British Empire (Military Division) », tandis que le Gouvernement belge lui octroie une Croix de Guerre avec une palme et le fait Chevalier de l'Ordre de Léopold. Il est promu au grade de Capitaine ARA.

Ceux qui ont travaillé avec cet homme humble et modeste sont fiers de son courage exceptionnel, de son sang-froid, de ses qualités de dis­cernement ...

Sans aucun doute « Un » des plus grands agents de Renseignement belge !

Adrien Fache a rédigé un ouvrage intitulé :
« ALIAS MARC LEMAN »
Services de Renseignemnts Militaires Belges 1940-1945
Organisation et souvenirs.

L’ouvrage est paru en novembre 2003 (épuisé).


(1) MORSA Roger, LL 8000, né à Ben-Ahin (Liège) le 15 juillet 1909, décédé le 11 juillet 1950.


lundi 27 juillet 2009

132-am : Ici Londres

par André Maillard du Réseau Clarence

Les compatriotes qui ont connu la guerre 40-45 se souviendront … Tous les soirs, c’était le même rituel : on s’enfermait à double tour, souvent dans l’arrière- cuisine, à l’abri des oreilles indiscrètes et on branchait la radio. Rechercher la fréquence de Londres n’était pas une affaire des plus simples d’autant plus qu’après chaque émission il fallait se brancher sur la radio nationale belge (INR) toute à la solde de l’occupant … on ne sait jamais ?

Pour trouver la fréquence et augmenter la qualité de l’écoute il était recommandé de tourner le bouton lentement jusqu’à obtenir la meilleure syntonisation. Les allemands étaient aussi devenus spécialistes du brouillage des émissions.

Les deux mots les plus attendus étaient ici Londres et l’indication du pays auquel les messages étaient destinés. Les brèves nouvelles de la guerre terminées, la voix de Londres poursuivait par voici quelques messages personnels … et le speaker d’égrainer des phrases toutes les unes plus incompréhensibles que les autres, parfois ponctuées par nous disons deux fois. Nous écoutions ces messages convaincus que ces phrases avaient une signification. D’ailleurs des résistants les attendaient avec impatience.

Voici quelques exemples de messages décryptés parmi des milliers de messages totalement incompréhensibles pour les services secrets de l’ennemi et ses collaborateurs.

D’abord, pour que ces phrases aient leur utilité, il fallait qu’elles soient comprises entre l’expéditeur et le destinataire.

Au début des hostilités, le message est envoyé par courrier à Londres via la France, l’Espagne et le Portugal. Un tel trajet demandait des semaines pour arriver à destination. Le message personnel rassurait ceux restés au pays ou une personne prête à s’engager mais qui craignait un piège.

Il y a le message pas très compliqué destiné à l’ennemi qui donne un agent pour mort alors qu’il est vivant et lui permet de poursuivre sa mission, voire de se mettre à l’abri car venant d’être dénoncé. Le message personnel indique qu’un parachutage d’armes va avoir lieu comme convenu ou qu’un avion se posera brièvement et qu’un balisage est requis pour y réceptionner un agent.

Il y a le message collectif qui annonce le débarquement. Et cet autre trop facile à traduire destiné à dérouter l’ennemi en lui faisant croire qu’une action va se dérouler ici alors qu’elle se passera ailleurs. Et nous disons deux fois complique le message ! Message collectif : Le Roi Salomon a chaussé ses gros sabots. Message local : Le ténor chantera ce soir. Tous ces messages ont été utiles à la Victoire.

Ne mélangeons toutefois pas les genres. Ces messages radio ne doivent pas être confondus avec le très grand nombre d’informations de guerre collectées en Belgique et envoyées à Londres pour apporter aux Alliés des renseignements militaires et économiques. Ces messages codés, reproduits parfois sur microfilms étaient d’abord transmis par courrier. Ils le furent ensuite par radio via un navire servant de relais, grâce aux soins d‘opérateurs formés en Angleterre et parachutés sur nos terres.
Nous ne devons jamais oublier que la moitié de ces opérateurs sont morts en service commandé. Ceux-là, aussi, nous obligent au Devoir de Mémoire.

lundi 2 février 2009

131-am : Jeune, si tu savais

par André MAILLARD du Réseau Clarence
C’est à toi que je souhaite m’adresser. Principalement à toi qui ne se doutes pas qu’il est redevable de s’exprimer, d’aller et de venir, aux Martyrs de la Résistance. Ce sont ces femmes et ces hommes qui ont donné leur vie pour que tu vives dans la liberté aujourd’hui.

C’est aussi vers toi qui crois trop facilement que les camps de concentration n’ont été que des lieux de souffrances pour les juifs. Alors que tant de Résistants y ont vécu et y sont morts dans les pires souffrances après avoir été torturés bien avant d’y arriver.

C’est encore à toi que je m’adresse, toi qui crois que les américains ont été les seuls artisans de la libération. Nous n’aurions jamais été les vainqueurs sans le concours des troupes alliées.

Mais que pouvaient-ils sans toutes ces personnes qui formaient les services du renseignement et leur préparaient la voie en les documentant sur les détails des mouvements de l’ennemi et de ses positions, détruisaient les installations techniques comme les bases secrètes où se préparaient la construction et le lancement des armes secrètes telles que les bombes volantes et les prémices de l’arme atomique.

Mon intention n’est pas de décrire les actes de résistance à l’envahisseur mais de voir comment la jeunesse allemande a évolué et comment toi, tu vivrais aujourd’hui si les allemands avaient été victorieux ?

Cette supposition peut te paraître « débile » : vouloir montrer ce que tu deviendrais dirigé par un dictateur n’ayant d’autre ambition que de nous asservir !

Tu ne peux pas oublier qu’un combat doit être mené quotidiennement pour le droit de vivre libre. Pour cela, tu ne peux renier tout acte de civisme, dont les racines se nourrissent des leçons du passé. Et toi aussi, tu dois choisir de défendre les valeurs patriotiques de ton pays.

En Allemagne, Hitler s’adressait aux jeunes en fixant leur vie future en ces termes : « tu n’es rien, ton peuple est tout » autrement dit, tu obéis aux ordres sans discussion. Je pense pour toi. Il confirme ses écrits dès sa montée au pouvoir en supprimant toutes les organisations de jeunesse et en s’emparant de tous leurs biens. Plus tard, il déclare obligatoire l’adhésion de tous les jeunes à une organisation de jeunesse unique : la jeunesse hitlérienne. Ils seront plus de 7.750.000 jeunes à y être incorporés et « manipulés ».

Les jeunes de 8 à 10 ans sont regroupés dans la Jungvolk (le peuple des jeunes). A 14 ans, ils sont dans la Hitlerjung (la jeunesse hitlérienne) où ils sont dressés à obéir, endoctrinés et manipulés : ils vont apprendre la délation et la dénonciation allant jusqu’à dénoncer leur propre père s’il ne suit pas la ligne du parti nazi !

A 18 ans ils prêteront serment de fidélité à Hitler et suivront scrupuleusement l’enseignement qui leur est imposé. Les plus intelligents iront à l‘école Adolphe Hitler en vue de les incorporer dans les cadres dirigeants du parti nazi (le seul parti politique autorisé).

Les filles ne sont pas oubliées. De 14 à 21 ans, elles entrent au Bund der deutschen Maedel (l’union des jeunes-filles allemandes) où elles se préparent à la maternité avant d‘aller faire un an de travail soit dans l’agriculture, soit comme aide ménagère !

Imagine-toi portant l’uniforme noir, la culotte courte, et paradant un flambeau à la main, ou figé au garde à vous devant un chef hurlant et devant obéir à tout ce qu’il t’ordonne ? Tu ne peux plus aller où tu veux, quand tu veux. Tu iras là où tu dois aller et quand il te le dira.

C’est comme faire partie d’une secte : le but est de faire de toi une machine qui ne peut ou ne doit plus penser. C’est un autre qui pense pour toi !

Certes, tout ceci peut te paraître ridicule, voire impossible chez nous. Et pourtant la guerre n’est pas très loin d’ici. C’est même un sujet dont on parle partout avec forces images probantes à la télévision et dans les journaux.

Dis-toi bien, que ceux qui défendent le Devoir de Mémoire des Martyrs de la Résistance se battent contre toute forme de violence : je t’invite à te joindre à nous pour exercer ton droit de rester libre dans ton pays en devenant membre sympathisant d’une association patriotique de ton choix.-

dimanche 30 novembre 2008

130-am : Poésie : Résistance et Souffrance = Liberté

Il était travailleur
D’une usine tout proche
Sans peur et sans reproche.
Il travaillait gaiement
Pour sa femme et sa fille
Qui l’aimaient tendrement
Et qui étaient toute sa vie.

Hélas, très alarmants,
De nombreux bruits de guerre
Venant des allemands
Résonnaient aux frontières.

Un matin de printemps,
Voilà les troupes d’Hitler
Qui franchissent la frontière
Lourds de leurs armements.
Ce fut l’occupation,
Les nombreuses restrictions.
Il y eut des sabotages
Et des prises d’otages.

Les uns restèrent bien cois
Acceptant leur misère,
Se demandant pourquoi
Il fallait qu’ils subissent
Affronts et misère
De ces boches en colère.

D’autres, avec gaîté,
Allaient en profiter,
Pour faire sans gloire
Leur affreux commerce noir.

Certains, qui n’ont plus rien,
Se disent, il faudra bien
Aller avec espoir
Vers le travail obligatoire.

Enfin ceux, qui sans hésiter,
Par conviction, par cupidité,
Souvent par méchanceté,
Se vendent aux allemands,
Font chasse aux résistants
Et deviennent bientôt
Des sbires de l’occupant.

Mais revenons enfin,
À notre travailleur
Dont la présence sans fin
De ces vils occupants
Apporte un grand malheur
Et fait de ses enfants
Des esclaves pour longtemps

Il va se rapprocher
D’autres, bien animés,
Pour aider les alliés
A venir libérer
Le pays occupé.

Et comme son employeur
Travaille pour les allemands
Et pour leur armement,
Il va, les défier,
Voler des documents
Secrets et importants,
Et puis les envoyer
Au pays allié

Il ira même un jour
S’envoler pour Londres,
Revenir parachuté
Après un court séjour
En chevalier de l’ombre
Aider les résistants
À nuire à l’occupant.

Mais hélas un beau jour
Il sera dénoncé,
Il sera arrêté.
Et puis emprisonné.
Au début du séjour,
On lui fera la cour
pour connaître ses complices.
Il fera sacrifice
De jamais dénoncer,
De ne jamais trahir,
De se taire, de souffrir
Et même d’être martyr.

Et puis finalement,
Le corps tout en sang
Il sera ramené
Sans autre ménagement
Dans un local glacé
Où il souffrira tant
Mais en étant content

Que son réseau persiste
A faire ce qui consiste
Pour chasser l’occupant
Et aider les alliés
À rendre la liberté
Aux peuples opprimés

Et puis ce cruel occupant
L’enverra dans un camp
Dont nul vraiment ne sort.
Car on sait que ce camp
Est un camp de la mort,
Où malgré qu’il a mal
Il rendra le moral
A tous ces camarades
Qui luttent contre la mort,
Contre le mauvais sort,
En étant décidé
De se voir libéré.

Puis un jour espéré,
Viendront les alliés
Pour le libérer,
Lui permettre de rentrer
Retrouver sa famille
Pour une nouvelle vie
Et ou, il oubliera
son service comme A.R.A.

C’est le récit véridique
D’un gars de Belgique
Tout fier de son drapeau
Qu’il voit flotter bien haut.

Qui fut vite reconnu
Comme un vrai militaire.
Qui s’était bien battu
Pendant l’horrible guerre,
En étant un agent
Du Service de Renseignement
Et d’Action, et se souvenant,
Qu’étant rentré vivant,
Il devait penser à ceux Décédés sans espoir,
Et rester fidèle
Au Devoir de Mémoire.


André MAILLARD
(08-07-2008)

129-am : Poème : l'orage et le chêne

L’orage tonne au loin
Bien au-delà de Vedrin,
Le ciel devient tout noir
Comme si c’était le soir.

Et la foudre a touché
Un chêne centenaire
Qui avant de tomber
Se souvient de la guerre
Qu’il a subie naguère.

Mais avant de tomber,
Il revoit son passé
Et des moments heureux
Où des amoureux
Venaient graver un cœur
Pour dire leur ardeur.

Et la cloche de sonner
Pour annoncer au monde
Qu’un enfant nous est né
Et viendra égayer
Tant de gens à la ronde.

Il revoit, désespoir,
Passer le corbillard
D’un brave que la guerre
A conduit au cimetière
Car revoici la guerre
Avec toutes ses misères.


Il regarde défiler
Autant de réfugiés
Qui fuient l’ennemi
De nos pays conquis,
Et qui, évacués
Se sont fait mitrailler.

Il sent encore ses branches
A moitiés décharnées
Soutenir les corps
De soldats suppliciés.

Il voit ce résistant
Caché derrière son tronc
Attendre patiemment
Le passage d’un camion
Conduit par un allemand
Qu’il va exécuter
Avant de s’en aller.

Mais seule la foudre
Pouvait en décider,
De le faire tomber
Electrocuté.

C’est l’histoire pénible
D’un chêne centenaire
Qui finit sa carrière
Pendant une guerre horrible.

(André Maillard 08-0702)

128-am : La libération de Namur ... et après ?

LE JOUR DE LA LIBÉRATION A NAMUR ET APRES ?
Jour d'allégresse et jour de joie ?
Pas pour tout le monde !
par André MAILLARD, ARA du Réseau Clarence

Et enfin voici venir la Libération. Et dans de telles heureuses circonstances, le bouche à oreille fonctionne très vite tel un tam tam qui résonne parmi les ruines.

Ainsi donc, voilà nos libérateurs entrés à Namur peu après un dernier accrochage avec une poignée de Résistants Place Falmagne à Salzinnes, Vite, il faut aller à Namur pour les applaudir.

Sans plus attendre, me voilà parti. Pas facile car le pont sur la Sambre qui relie Salzinnes au centre ville a sauté. Ce qu’il en reste, ce sont les rails du tram de la ligne 5 maintenus tordus par leurs billes qui baignent dans le fleuve pour remonter de l’autre côté. Le passage relève de l’exploit du funambule mais je suis jeune : je passerai.

Lorsque j’arrive en courant devant la gare, les Alliés sont à l’arrêt bloqués par une foule immense qui aurait été bien plus dense encore si un peu avant, la ville de Namur n’avait été bombardée avec plus de quatre cents morts.

La liesse est grande, les femmes, souvent jeunes, grimpées sur les véhicules, embrassent les soldats, d’autres dansent gaiement, ou virevoltent en folles farandoles, certains ont même amené la bonne bouteille soigneusement conservée.

Pourtant, je n’éprouve nulle envie de me joindre à cette folle ambiance. Je suis là sur le trottoir face à l’hôtel de Flandre. Je scrute dans le détail les personnes de ce groupe exubérant. Je reconnais incidemment l’ un ou l’autre et je me demande quels sont ceux, de bonne conscience, qui viennent fêter la fin de tant d’années de misères, d’années perdues, d’années à attendre, parfois en écoutant en sourdine la BBC, d’années à se demander s’il y aura à manger le lendemain … Ces gens au cœur qui éclate de joie sont avides des libertés et des sécurités enfin retrouvées, certains avec l’espoir du retour prochain d’un être cher. Mais sont là aussi ceux qui regrettent la fin des années grasses, la fin du commerce noir : ils n’ont qu’un sourire amer aux lèvres.

Peut- être suis-je devenu taiseux, restant à l’écart de toute festivité comme pendant la guerre où il fallait se protéger de tout et de tous, en somme rester une taupe entre quelques taupes … se taire pour éviter de dire ce qu’il ne faut pas et rester sur ses gardes pour sa sécurité et celle des autres.

Je suis reparti passant devant la demeure du gouverneur Bovesse et là, je me souviens m’être dit : « pourquoi tant de barbarie dans ce monde ? ».

Quelques semaines plus tard, j’assiste une fois encore à des scènes d’une rare exaltation et de bonheur intense. C’est le retour de nos prisonniers militaires libérés de leur stalag (camp de soldats) ou de leur oflag (camp pour officiers). Puis c’est le retour des prisonniers politiques sortis des camps de concentration telles des épaves humaines n’ayant même plus la force de sourire mais ayant eu le courage de résister à l’anéantissement pour venir s’éteindre chez eux parmi les leurs lentement et sans bruit.

Avec les dernières luttes, viendra le drame des bombes volantes, de l’offensive des Ardennes, du plan Marchal aidant l’Allemagne à se reconstruire (nous manquons de tout chez nous aussi, alors chez eux, le charbon devient indispensable), les grandes décisions politiques mondiales provoqueront la guerre froide, tandis que la construction du mur de la honte entre les deux Allemagne à Berlin séparera les familles.

Et notre beau pays, qu’est-il devenu ? Notre pays Belgique, pour la liberté duquel tant de femmes et d’hommes se sont battus et sont morts à cause de tous les sévices subits, s’efforcent d’oublier la guerre, ses souffrances, et ses victimes. Ils oublient tellement qu’aujourd’hui, il se murmure du bout des lèvres un vague Devoir de Mémoire envers ces Combattants. Ce pays va-t-il continuer à vivre dans l’indifférence comme si rien ne s’était passé en 1940-45 ?

Rejoignons les rangs de nos Anciens Combattants. Faisons-nous membre d’une association patriotique, rien qu’une seule, celle où nous en connaissons un que nous croisons de temps à autres et à qui nous n’avons jamais adressé la parole. Aidons-les à nous livrer leurs expériences en les assistant à témoigner avec les moyens modernes de communication ? Allons au-delà des silences du passé. Ce sont les fondations de notre immeuble Belgique que nous allons découvrir tout à côté de nous.

Alors, se souvenant du passé, nous pourrons nous tourner vers un avenir de paix. C’est une paix gagnée au prix du sang. C’est une paix qui devient civisme et respect dans l’exemple. C’est le respect du don de soi pour les générations futures. C’est notre génération qui en hérite et la transmet. Devenons les nouveaux anciens combattants pour la paix.-

127-am : Buchenwald et ses kommandos

par André MAILLARD, ARA du Réseau Clarence

Beaucoup de personnes ont la vision d’un camp de concentration totalement clos dans lequel on entre par la grande porte et ne sort jamais si ce n’est par la cheminée … Buchenwald, la vallée des hêtres ! Il n’en est rien. Mais avant d’en parler, rappelons l’origine de ce camp.

Sa construction est envisagée en 1936 et sa réalisation en 1937. Au départ, il est destiné à recevoir les opposants au régime hitlérien. Les premiers occupants sont allemands : communistes, francs-maçons, homosexuels, tziganes, catholiques, protestants et juifs. Les 149 premiers occupants y arrivent le 19 juillet 1937, suivis rapidement par des opposants au régime hitlérien, Les droits communs appelés les triangle verts à cause de ce signe qu’ils portent sur leur vêtement sont chargés par des S.S. (Schutzstaffelns, pour escadrons de protection) d’opérer les exterminations des personnes incarcérées. C’est avec l’arrivée des détenus étrangers civils et militaires que le camp prend des proportions gigantesques jusqu’en avril 1945. C’est en 1939 que l’on commence la construction des fours crématoires.

L’augmentation croissante des effectifs du camp nécessite la formation d’équipes qui vont prendre en charge l’organisation et la survie du camp. Ces équipes prendront le nom de kommandos. Au-delà des équipes chargées des préoccupations internes du camp, il y aura aussi les équipes externes. Elles sortiront du camp pour exécuter les travaux directement liés à l’industrie de guerre, d’autres participeront à l’extraction de la pierre, d’autres encore construiront une ligne de chemin de fer, et d’autres enfin seront affectés au percement de tunnels destinés au montage des bombes volantes (V1 et V2) ou à l’exploitation souterraine de mines de cuivre (malachite). Certains kommandos seront affectés au déblaiement des ruines résultants des bombardements Alliés …

Parmi les détenus qui sortent du camp en kommandos de travail, il y ceux qui restent sur le territoire contrôlé par le commandant du camp. Ils sont utilisés en moyenne (11) onze heures par jour pour un travail très dur qui se fait souvent dans des conditions inhumaines par tous les temps et sans aucune protection ni tenue adaptées. Ces hommes doivent soulever des blocs de pierre et les transporter rapidement sous les coups de cravache, l’estomac tenaillé par la faim et dans un grand état d’épuisement. On comprend que ces hommes soient rapidement victimes d’infections pulmonaires graves. D’autres kommandos se rendent dans les usines toutes proches contrôlées par les S.S. comme la D.A.W. (équipements militaires), GUSTLOFF (fusils), Firma JUNKER (techniques sous-terraines de forage ).

A côté de ces kommandos rentrant au camp principal il y a ceux qui sont transférés loin de Buchenwald. Ils sont regroupés dans des camps secondaires. Leur mission consiste à répondre à la forte demande de main-d’œuvre dans les entreprises contrôlées par les S.S., mais aussi dans des entreprises industrielles privées comme IG-Farben, BMW, Junker …

Certains sont envoyés à Cologne pour désamorcer des bombes non explosées ou réparer des wagons endommagés, mais aussi d’autres à Duisbourg, à Essen, Halberstadt, Schert, etc …

On comptera jusqu’à 186 kommandos. Dans ceux-ci, nous trouverons des Résistants qui vont tout mettre en œuvre pour ralentir le travail et le saboter, chacun selon ses moyens et ses compétences. Tous font le maximum pour ne pas se faire prendre pour éviter la condamnation à mort.

Si la vie semble tant soit peu plus facile au sein de certains kommandos, tous ne peuvent que constater leurs morts, soit d’épuisement, soit de faim, ou malheureusement tombés sous les bombes des Alliés. On constate même des victimes dans le camp de Buchenwald, où tombent des bombes destinées aux usines environnantes.

Notre but est d’évoquer l’existence de kommandos extérieurs. Nous n’avons dés lors pas évoqué les meurtres, les coups mortels, les exécutions sommaires, la faim, le froid, la maladie, les expériences médicales pratiquées par des médecins devenus bourreaux. Ce sont toutes les souffrances des détenus venus d’Allemagne et de tous les pays occupés à qui la fumée des crématoires rappellera continuellement qu’ils sont là pour être exterminés.

Il y a des actes d’égoïsme mais aussi un grand nombre d’actes de solidarité qui permettent à pas mal de détenus de survivre.

Au début de mon texte j’écris qu’on rentre dans le camp de Buchenwald par la grande porte pour en sortir par la cheminée. C’était là les atroces perspectives d’un régime impitoyable et meurtrier. Mais l’impensable est arrivé : la perte de la guerre, la fin d’un empire allemand qui n’a pas réussi sa domination du monde : le Reich (royaume) s’est effondré.

Pris par la peur que les preuves de leurs bas instincts ne soient connus, et dans la crainte d’être détenus à leur tour et de devoir rendre des comptes, les S.S. décideront d’évacuer le camp de Buchenwald en plein hiver au début 1945. A ce moment, l’effectif des détenus n’est plus que de 21.500. Et dire qu’il a dépassé le nombre de 86.000 dont 56.000 ont été exterminés.

Plusieurs camps évacuèrent à peu près au même moment malgré les efforts des détenus pour retarder cette évacuation en espérant la libération par les Alliés Américains et Russes. Beaucoup ont été contraints à partir. Marcher, … marcher parfois pendant 10 jours, affamés, épuisés, les malades qui s’arrêtaient étaient de suite abattus par les S.S. que la défaite rendait de plus en plus furieux. Nombreux sont ceux qui tombèrent à quelques heures de leur libération.

Note :

Les souffrances atroces infligées à ces détenus doivent nous rappeler que nombreux sont ceux qui ont perdu la vie à Buchenwald pour avoir refusé la domination allemande et contribué à l’effort des Alliés pour nous rendre la liberté.

Parmi eux de nombreux Agents du Service du Renseignement et de l’Action pour lesquels nous vous invitons à soutenir le DEVOIR de MEMOIRE en devenant membre sympathisant à la R.U.S.R.A., Royale Union des Services du Renseignement et de l’Action.
Seuls, nous ne pouvons rien car les préoccupations de la vie nous font vite oublier ces héros. Ensemble, nous pouvons défendre les valeurs de liberté de nos héros en souscrivant au Devoir de Mémoire.-